Portrait 5 – Portrait de l’inconnue

© écrit par Marie TALEC

Juillet 1967

Tous les matins, à l’heure à laquelle il rentrait autrefois des Halles, il sautait dans le premier autobus en direction des Abbesses. Il aimait ces traversées matinales de Paris, où la ville semblait hésiter entre une robe grise et une capeline rose avant de les troquer pour ses habituels habits de pierre.

C’était des minutes suspendues, où même les passagers chahuteurs semblaient attendre que le bus les déversât, quelque part entre le faubourg de Barbès et les puces de Clignancourt, pour reprendre le cours animé de leurs discussions.

Dans le ronron des moteurs, le nez collé à la vitre, il regardait avec affection les petites gens de la ville tout à leur ouvrage : balayant le seuil de la porte, levant le lourd rideau de fer des échoppes, s’étirant, se houspillant parfois avec de grands gestes exaspérés.

– C’est à cette heure-ci que tu arrives, salopiaud ? Allez, file à l’arrière-boutique passer ton tablier si tu tiens à tes oreilles !

Ces bribes de conversations et ces moments constituaient les couleurs de sa palette du matin. Il descendait invariablement non loin du Moulin Rouge – les relents de soufre pimentaient la palette – et avalait un café noir au comptoir du Lux Bar, qui faisait l’angle de la rue Lepic et de la rue des Abbesses. Il n’arrivait jamais avant dix heures, place du Tertre, mais jamais après onze heures non plus : tous les bons emplacements auraient été pris. S’il était en avance, laissant son paquetage, toiles, pinceaux, grattoirs et peinture derrière le zinc, il sortait, cigarette aux lèvres, et s’égarait dans les ruelles piétonnes, dont les lourds pavés semblaient mener une bataille sans espoir contre les herbes folles qui les prenaient d’assaut. Les bâtisses ne se laissaient pas entraîner dans cette confusion des ruelles, et ouvraient leurs fenêtres et leurs larges baies, cernées de vigne vierge l’été, craquelées de givre l’hiver, sur le ciel de Paris. Il saluait en passant ses maisons préférées et les quelques habitants croisés en chemin, qui avaient pris l’habitude de le voir déambuler ainsi sans but, enveloppé dans un nuage de fumée bleue. Quand c’était l’heure, il passait reprendre son matériel, qu’il emportait avec un grand verre de café noir.

– Un peu de jus pour la route !

En installant son trépied et son chevalet, il saluait les copains du Lapin Agile, peintres dépenaillés aux mains éclaboussées de gouache qui s’affairaient en baillant.

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Par Morgan Bodart

Ce jeudi-là, les mêmes têtes que d’habitude étaient déjà à l’ouvrage. Brossant hâtivement les premiers rayons de juillet sur leurs toiles qui figuraient le village de la butte, ils attendaient les chalands matinaux.

– Salut Richard ! Tu as les yeux bien rouges ce matin, vous avez encore fait la bringue hier soir ?

– Pas du tout, je rentrais gentiment souper avec ma bourgeoise quand une bouteille de rouge s’est interposée et nous a fait de l’œil, à Moutiers et à moi, alors qu’on pliait.

– À ce qu’il paraît, elle n’a pas trouvé que vous sur la route. À voir vos fioles je dirais que vous étiez au moins dix à la fête !

– Effectivement, et tu l’as échappée belle, Petit Louis ! Il ne manquait que toi ! Comment va Mathilde ?

– Va bien, va bien. Tiens, voilà ton premier client !

Un gros labrador errant, la langue pendante, vint s’échouer à côté de Moutiers.

– Eh bien, mon vieux, tu n’es pas au bout de tes peines ! fit Moutiers, en tapotant le flanc crasseux du chien. Allez faut s’y mettre les enfants, l’art n’attend pas !

Tous entreprirent de peindre, après avoir correctement disposé les quelques-unes de leurs œuvres qui leur vaudraient peut-être des amateurs, c’est-à-dire, des clients.

Les matinées d’été étaient douces, place du Tertre, et profitaient à tous, même aux moins adroits – à peindre ou à vendre – des nombreux artistes présents. L’hiver et la fin de l’automne laissaient sur le carreau les moins aguerris, et faisaient place nette pour la saison suivante. Les mois chauds voyaient arriver les jeunes espoirs, les petits coqs, les caricaturistes d’un jour. Arrivé un an plus tôt, Louis s’était bien intégré, contrairement à quelques-uns qui avaient replié bien vite leur chevalet d’occasion et rangé moustache à la mode et béret avant de disparaître. Bon camarade, il savait ne pas faire d’ombre aux anciens de la Place, qui reconnaissaient cependant volontiers la qualité des toiles que réalisait Louis et sa passion authentique pour la peinture d’art. Il avait séduit les derniers réfractaires au cours des virées qui les menaient parfois après le travail au Lapin Agile en leur racontant son service militaire et les nombreuses frasques qui l’avaient émaillé. « Petit Louis », du haut de son mètre quatre-vingt, et malgré ses épaules de débardeur, avait fait son trou au sein de la compagnie de Montmartre, et appréciait la possibilité de vivre, fût-ce chichement, de ses toiles tout en côtoyant des pairs qu’il admirait.

Habile au maniement des couleurs, il aurait pu se contenter, comme les plus laborieux de ses camarades, des toiles bigarrées représentant Paris dans des tons exotiques. Un des copains, le peintre qui répondait au nom de guerre de Colchique, avait ainsi fait l’admiration de ses camarades pour avoir réussi à vendre une toile où la Tour Eiffel, figurée en jaune canari, éclairait un Champ-de-Mars d’un rose douteux.

– Le gars, je lui ai dit que j’étais de l’avant-garde ! en riait-il encore, à l’évocation du client courageux qui avait acheté la croûte. Du post-impressionnisme, même !

Louis préférait pour sa part les portraits. Lui qui croquait, calepin en main, les clients tardifs des fins de marché, prenait à présent plaisir à représenter les promeneurs de la place quand ils le lui demandaient. Ce qu’il aimait le plus, c’était partir à la recherche des petits signes, imperceptibles aux yeux inattentifs, qui formaient la singularité de chaque visage, et faisaient de la toile vierge d’une peau un tableau composé de zones d’ombre et de lumière. Quelle souffrance secrète avait pu creuser ce front, de quelles joies et quels succès ces yeux clairs se faisaient-ils le miroir ?

Les clients de Louis s’étonnaient toujours du silence que ce dernier observait tout le temps que durait la réalisation du portrait. Lui qu’on voyait lancer des blagues à la ronde et discuter avec animation avec ses voisins de chevalet semblait, quand il peignait, s’absorber tout entier dans l’observation de son sujet. Concentrant toute son énergie dans ses yeux, qui ne quittaient le visage dessiné que pour le lin brut tendu sur le cadre, et dans ses bras musculeux au bout duquel un pinceau très fin faisait un appendice curieux, il pouvait rester muet pendant plus d’une heure sans prendre la peine de mettre à l’aise son client par un verbiage superficiel. Devant son mutisme soudain et son regard scrutateur, on avait déjà vu certains clients, habitués sans doute aux discussions nonchalantes qui font la marque de fabrique des certains salons de coiffure, gigoter sur leur chaise, se mettre à transpirer, puis quitter précipitamment leur place en bafouillant une excuse, laissant en plan le portraitiste.

– Quand tu fais cette tête, Petit Louis, on dirait un roussin !

– Celui-là avait sûrement quelque chose à se reprocher, disait alors Louis en essuyant tranquillement ses pinceaux, avant de décrocher la toile inachevée qu’il recouvrirait de peinture blanche une fois sèche.

Le soleil tapait dur sur la fin de matinée. Louis avait dû ouvrir au-dessus de son chevalet un parasol léger. Un peu aveuglé, ce fut la première fois qu’il la vit. Elle marchait lentement entre les artistes à l’ouvrage, regardant autour d’elle avec un air égaré, comme si elle cherchait quelqu’un. Moutiers lui donna un coup de coude.

– Celle-là elle est pour moi !

Puis, à l’adresse de la jeune femme qui s’était approchée :

– Mademoiselle, un petit tableau ? Montmartre un jour de pluie ? Le Luxembourg sous le soleil ? Ou peut-être préférez-vous cette vue des Tuileries en hiver ?

Elle se tourna vers eux, surprise.

– Oh non merci… ce que je cherche, moi, c’est un portrait.

– Le portrait de De Gaulle, là, il vous plaît ? J’ai aussi celui de Johnny Halliday, mais il est un peu plus cher, rétorqua Moutiers, d’un ton persuasif.

– Non non, à vrai dire je veux faire faire un portrait. Mon portrait, rectifia-t-elle en rougissant un peu.

Son regard passa par dessus l’épaule de Moutiers, croisant celui de Louis, qui lui sourit gentiment.

Moutiers, sentant que l’affaire lui échappait, tenta une nouvelle attaque :

– Je suis aussi portraitiste ! Votre coupe est un peu différente de celle de Sheila mais vous ne serez pas déçue. Allez, asseyez-vous !

– Merci, mais je…

– Cent francs la toile, l’interrompit Moutiers, en une demi-heure vous pouvez admirer le chef d’œuvre et le montrer à toutes vos amies !

– Moutiers, laisse la tranquille, intervint Louis, que la confusion de la jeune femme émouvait. Mademoiselle veut peut-être prendre un peu de temps pour réfléchir ?

Celle-ci lui adressa un sourire reconnaissant, tout en parcourant les visages peints que Louis avait exposés autour de lui. Puis de but en blanc :

– C’est vous Louis Pierre ?

Louis fut pris au dépourvu.

– Lui-même. On se connaît ?

– Non mais je… Je veux que ça soit vous qui me peigniez.

Puis, sans attendre la réponse de Louis, et devant un Moutiers bouche bée, elle s’approcha en quelques pas rapides et se jucha sur le tabouret en face du peintre. L’air tout à faire rassurée subitement, elle agita les jambes dans le vide et s’exclama en riant :

– Votre tabouret est trop haut !

Ignorant Moutiers, qui se retourna en grommelant que c’était toujours les mêmes qui avaient de la chance, elle planta son regard franc dans les yeux de Louis, qui, étonné par la tournure des événements, n’avait pas même installé de toile vierge sur le chevalet.

– On y va ?

Silencieux, il s’exécuta. En préparant sa palette, il la regarda à la dérobée. Elle portait un foulard noué à l’ancienne mode sur ses cheveux d’un châtain foncé, qu’on devinait bouclés mais courts. Sa robe, dans les tons marine, attirait assez peu le regard, et était coupée sans apprêts. Les manches courtes laissaient apparaître des bras blancs et fermes, dont la forme ronde et lisse rendait difficile de donner un âge à la jeune femme. Il s’installa et traça au crayon les premiers traits d’un geste sûr.

Le visage était un ovale parfait, que soulignait un menton volontaire marqué d’un fossette. La peau du visage, elle aussi remarquablement lisse, donnait à l’inconnue un air juvénile que seuls démentaient des plis légers aux coins des yeux et aux commissures des lèvres – comme un vernis qu’on aurait appliqué à la hâte sur une porcelaine peinte qui se serait imperceptiblement craquelé en séchant. Le nez, droit, presque aquilin, solidement implanté entre deux pommettes hautes, dominait des lèvres charnues à l’ourlure affirmée mais délicate. Les yeux de la demoiselle, enfin, étaient comme deux gouttes de lumière d’un bleu sombre. Si l’on n’y prenait garde, on pouvait même les croire noirs. Louis peignait, en se posant les questions habituelles. Qui était-elle ? Quel était son prénom ? D’où venait-elle ? Quel était son métier, et à quoi occupait-elle ses journées ?

Il regarda les mains de son sujet, posées de part et d’autre de ses hanches pour soulager le poids de ses jambes, qui se balançaient légèrement dans le vide sous le haut tabouret. Les ongles courts mais non manucurés n’étaient d’aucune aide, mais les mains, fines et veinées de bleu sous une peau sans taches, excluaient de fait les métiers physiques et les ouvrages salissants. Secrétaire ? Institutrice ? Il reporta son regard sur le visage de la jeune femme, dont les yeux le fixaient intensément. Elle ne cilla pas. Louis fronça les sourcils et crayonna furieusement, caché derrière la toile. Le portrait prenait forme, peu à peu. Il se passait une chose étrange : au lieu de saisir son sujet, celui-ci lui échappait. Loin de figer l’essence de la jeune femme, de capturer un éclair d’être dans une cage de fusain ou de peinture comme à l’accoutumée, les traits fuyaient sous son pinceau et l’expression de la jeune femme, mouvante, dansait devant ses yeux. Louis s’essuya le front, leva la tête de son ouvrage pour contempler le soleil de midi. Mettant son étourdissement sur le compte de la chaleur, il but rapidement et jeta un œil à sa toile. C’était les yeux qui n’allaient pas.

– Tout va bien ? demanda la jeune femme amusée.

Louis secoua la tête en signe de dénégation, sans desserrer les dents. Quel âge pouvait-elle avoir ? Plus il creusait dans les yeux sombres, plus il doutait. Le puits d’un bleu profond, magnétique, l’entraînait dans un abîme d’un autre temps. Il vit la neige tomber au fond des deux iris, qui ne le quittaient pas. Le visage de la jeune femme se durcit, elle ne souriait plus. La neige tombait en plein mois de juillet sur un champ dénudé et en friche. Une fillette aux cheveux bouclés d’une douzaine d’années, lui faisant dos, marchait aux côtés d’un homme au long imperméable dont les bottes cirées crissaient. Son képi militaire protégeait sa tête contre les éléments, il tenait la main de la petite fermement, la guidant sur le chemin de terre gelé.

Louis posa son pinceau. Il n’avait pas vu l’heure tourner, mais le tableau semblait achevé depuis un moment, et la peinture avait eu le temps de sécher. Il bredouilla :

– Vous n’avez pas froid ?

Moutiers, qui faisait sa pause déjeuner, entendit la question et écarquilla les yeux. Lui-même suait à grosses gouttes. Il leva les yeux au ciel et secoua la tête avec désapprobation. Même lui draguait mieux que ça !

La jeune fille n’eut pas l’air surprise.

– Non, ça va mieux, vous êtes gentil.

Elle sourit.

– Vous avez terminé ?

– Non… Enfin oui, répondit Louis de mauvaise grâce.

Il restait sur sa faim. Il se leva gauchement, décrocha la toile du chevalet avant de se raviser. Il reposa le tableau, signa d’un rapide « Pierre », enchâssant un « L » dans la première lettre de son nom et remit le portrait à l’inconnue, qui, debout à côté de lui à présent, examinait la peinture.

– Combien vous dois-je ?

– Rien du tout.

Moutiers se mit à tousser, s’étouffant avec un morceau de son sandwich au jambon.

– Merci. À bientôt ! lança la jeune femme avec un parfait naturel.

Le portrait sous le bras, elle tourna les talons et s’éloigna en direction de la basilique. Elle n’eût pas plutôt disparu que Moutiers s’exclama :

– Mais t’es pas bien ? C’est le soleil qui t’est monté à la tête ou quoi ? Comment tu veux qu’on vende nos toiles, nous autres ?

Louis s’essuya les mains en silence et se rassit, pensif. La journée s’écoula sans autres heurts. Une semaine passa. Le jeudi suivant, Moutiers, qui avait raconté l’épisode à tous les autres, donna le signal d’alerte. Elle était de retour. Toutes les têtes se tournèrent sur son passage. Elle s’installa sans un mot sur le tabouret vide.

– Bonjour, fit-elle. Vous voulez la suite ?

Louis, hypnotisé, ne prit pas la peine de répondre, et ôta sans réfléchir la toile qui l’avait occupé pendant la matinée pour en installer une neuve.

Les semaines qui suivirent respectèrent dès lors un ordre immuable. Louis peignait sur six jours suffisamment pour assurer son revenu de la semaine. Le dernier jour, refusant tout autre client, il attendait, fiévreux, celle que les copains, d’abord moqueurs puis perplexes, appelaient « le rendez-vous du jeudi ». Il réalisa pour elle huit portraits. Moutiers, qui louchait par dessus l’épaule de Louis se grattait la tête, constatait peu de changements entre chacun des portraits en dehors des vêtements et de la coiffure. Il se demandait ce que la mystérieuse inconnue allait faire avec tous ces tableaux d’elle-même.

– À ce compte là, autant acheter un miroir ! disait-il aux autres peintres. Même si pour ça, il faudrait payer ! ajoutait-il railleur, à l’adresse de Louis.

Louis haussait les épaules et souriait, rêveur.

Sous son pinceau, il l’avait d’abord vue petite fille. De toile en toile, à mesure que les couleurs prenaient chair sous les soies du pinceau, il l’avait vue grandir et prendre ses formes de femme. Poursuivant son chemin dans le méandre des pupilles, elle avait devant lui chaussé ses premiers talons et dansé son premier slow, sur un air d’Elvis Presley. Il l’avait vue, et ses yeux ce jour-là étaient des ciels d’orage, au chevet de sa mère mourante. Une autre fois, elle avait défilé aux bras de plusieurs hommes avant de s’abandonner aux bras d’un seul. Il l’avait vue, après une fausse couche, donner année après année naissance à trois enfants. Lors de la dernière séance, ses beaux cheveux bouclés étaient mêlés de fils blancs et gris. Elle lisait, paisible, dans un fauteuil en rotin installé dans une véranda en bord de plage.

episode5

Par Lucile Steiner

Le dernier jeudi d’août, elle ne se montra pas. Elle, qui s’était montrée d’une régularité et d’une ponctualité sans faille pendant toutes ces semaines, manqua leur rendez-vous. Louis l’attendit toute la journée, refusant même les quelques clients que son air revêche et anxieux ne rebutait pas. Assis sur son tabouret, la mort dans l’âme, il soupirait, se levait pour faire quelques pas sans oser s’éloigner de son chevalet, de peur de la manquer si elle se décidait à venir, se rasseyait sans toucher un pinceau et, pour une fois, sans prêter attention au ballet bien connu de la place. Moutiers, devant la mine dépitée de Louis, eut la délicatesse de ne rien dire. À vingt heures, la place du Tertre s’était vidée de ses peintres et de ses chalands, tous les copains étaient venus, les uns après les autres, réconforter Louis d’une tape dans le dos avant de partir rejoindre leurs amis ou leurs femmes. Elle n’était pas venue.

À minuit, abandonnant tout espoir de revoir l’inconnue, Louis s’engouffra, la mine sombre, dans une rame de métro, et se laissa tomber sur une banquette vide. Le métro démarra. Sur le quai d’en face, une vieille dame chétive, aux cheveux bouclés et gris, esquissa un geste d’adieu à la rame qui emportait Louis sous terre, Louis qui rêvait sans la voir.

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