Portrait 2 – L’arrivée à Paris

© écrit par Marie TALEC

Avril 1966

Mathilde l’attendait à l’arrivée des voyageurs depuis près d’une demi-heure en faisant les cent pas. Elle n’avait pas vu Louis depuis sa (trop brève) permission au mois de juillet précédent, il y avait maintenant presque dix mois. D’autres recrues avaient bénéficié de plus de jours libres, mais les nombreuses incartades de Louis, quoique de faible gravité, et son indiscipline chronique avaient été sanctionnées par la perte de ses congés. Il lui écrivait beaucoup, joignant de temps à autre une spécialité locale en cadeau, ou une photo de lui en uniforme, le béret penché crânement sur l’oreille, posant devant un blindé ou aux côtés d’un camarade à l’air tout aussi bravache. Tous les soirs, avant de dormir, elle contemplait dans un cadre posé sur sa table de chevet l’une de ces photos, qu’il avait dédicacée d’un classique : « ton soldat qui t’aime ». La correspondance et les photos avaient aidé Mathilde à garder la sensation d’un lien tangible entre elle et le Louis qu’elle connaissait. Au-delà du treillis, sur les photos elle voyait surtout les yeux clairs et francs dans lesquels semblait toujours briller une étincelle d’enfance.

Mathilde connaissait Louis depuis le berceau. Comme lui, elle avait souffert après la guerre d’être issue d’une famille atypique : sa mère n’était autre que la première femme d’Hervé Lefébure, le beau-père de Louis. Ce dernier avait été arrêté par la Wehrmacht en 1940, au cours de la débâcle de l’armée française. En ces temps troublés, sa femme n’avait guère attendu d’en savoir davantage sur ce qu’il était advenu du prisonnier de guerre. Le tempérament rude d’Hervé et sa main terriblement leste lui avaient ôté la plupart de ses scrupules, et elle interpréta le silence d’Hervé, qui avait été interné au camp de travail de Dortmund, comme un signe du destin. Elle tomba sans grand effort dans les bras du coiffeur du quartier, avec qui elle eut Mathilde en 1944. Mathilde fut élevée avec Irène, fille du premier lit. À son retour du Stalag, Hervé, découvrant l’arrangement, était passé par plusieurs phases. Il avait tempêté, retourné toute la maison à grands bruits, cherché « le micheton de sa traînée de femme » par toute la ville pendant quelques jours pour lui faire partager en toute modération ses sentiments sur la question du ménage à trois. Se rendant compte qu’il était la risée du voisinage (on le surnommait « le revenant »), il avait fini par rendre les armes. Plus calme, il avait exigé la garde d’Irène, et avait obtenu qu’elle lui rendît visite plusieurs fois par semaine. Mathilde, qui était toujours fourrée dans les jambes de celle qui était pour elle une grande sœur attentionnée, faisait souvent partie du voyage. Du désir d’oubli et de la quête de normalité naissent les meilleures volontés. La famille Lefébure fut un exemple de la tentative de conciliation entre mémoire de guerre et appétit du présent. La maison accueillit pendant plusieurs années des tripotées de gosses, enfants de la famille, copains, copines, qui remplirent de leurs cris et de leurs jeux toutes les pièces. Mathilde et Louis, inséparables dès l’âge tendre, firent front commun contre les insultes qui se retrouvaient encore parfois, à l’école, dans la bouche de leurs camarades – signe que la curiosité des parents pour cette famille peu commune ne s’était pas émoussée. Leur amitié grandit avec eux ; elle évolua sans heurts à la puberté en un amour qui leur semblait aller de soi et qu’ils s’avouèrent peu avant le départ de Louis pour le service militaire.

Depuis que Louis était parti pour Trèves, Mathilde n’avait pas perdu de temps. C’était suivant leur souhait commun qu’elle avait quitté, et sans regret, la petite ville de Jargeau et ses âmes grises. Orléans était plus proche, mais c’est à Paris qu’elle et Louis se voyaient prendre leur départ. Paris devait être pour eux aussi la ville de la libération. Mathilde avait trouvé rapidement un emploi dans une étude d’avocats, où elle était sténodactylo et gérait également l’accueil des clients. Elle gagnait assez bien sa vie, n’ayant aucune charge à assumer en dehors de son loyer pour le studio qu’elle louait non loin de la Porte de Pantin. Elle vivait cependant dans l’attente du retour de Louis, sortait peu, ne parcourant la ville que pour les besoins matériels immédiats. Si elle avait voulu quitter Jargeau sans attendre que Louis finît ses classes, c’était pour s’assurer une position et un pied à terre qui permettraient à Louis d’arriver sans avoir à se soucier immédiatement d’un logement et d’un travail. Pour autant, elle réservait la découverte de Paris pour leurs retrouvailles, et n’envisageait la visite de la capitale qu’à deux.

« C’est idiot, je sais, de vivre ainsi retirée du monde depuis toutes ces semaines, lui écrivait-elle, et mes collègues de travail doivent me trouver un peu sauvage, mais nous avons tellement rêvé cette ville ensemble qu’en cueillir la primeur sans toi serait une déception. Je verrai la tour Eiffel, le Trocadéro et l’Opéra à travers tes yeux ou je ne les verrai pas ».

Maintenant, elle l’attendait, nerveuse, et toutes les questions des amants inquiets l’assaillaient et nourrissaient sa déambulation pendulaire entre la salle d’attente située à côté des guichets et la tête du quai annonçant l’arrivée prochaine du train en provenance d’Orléans. Lui plairait-elle encore ? Quelle serait son humeur ? Quels seraient ses premiers mots ?

Et puis soudain il était là. Elle le vit extraire sa grande carcasse du wagon et sauter sur le quai, chargé d’un simple sac à dos. Ses cheveux bruns tondus à ras commençaient à repousser, et il avait troqué son uniforme à sardines et son béret de brigadier pour un jean trop large et un pull-over marron à grosses mailles qui avait connu des jours meilleurs. Il la cherchait du regard. Quand leurs yeux se rencontrèrent, il lui adressa un clin d’œil malicieux, et un sourire immense illumina son visage.

*

– C’est gentil chez toi, fit Louis, en allumant une cigarette.

Il se leva du lit, parcourant lentement de ses pieds nus la pièce dallée de tomettes.

– C’est chez nous, maintenant, lui répondit Mathilde en souriant.

Assise en tailleur, enroulée dans les draps, elle le regarda faire le tour du propriétaire. La pièce principale était de taille modeste et presque tout le mobilier de Mathilde s’y trouvait. Une grande table ronde en formica rouge vif, quelques sièges dépareillés, une immense armoire en contreplaqué blanc qui s’effritait, où s’entassaient pêle-mêle vêtements et chaussures. Le canapé convertible qui servait de lit occupait l’un des coins de la pièce, sous une fenêtre de toit qui déversait le ciel directement sur les dormeurs. Plus loin, à côté de la porte d’entrée, un couloir étroit desservait un coin cuisine qui avait fait peu d’usage les mois précédents, et une salle de bain propre, mais dont les murs lézardés et les joints humides portaient la marque du temps. Enveloppé de fumée, Louis s’arrêta à la limite entre le salon et le couloir, et regarda par la fenêtre. Le transistor crachotait (« …une information qui vient de nous parvenir : après quatre-vingts jours de recherche active, la bombe thermonucléaire qui avait été perdue par un appareil de l’US Air Force au large de l’Espagne le 17 janvier dernier a été retrouvée intacte par 840 mètres de fond. Les autorités américaines assurent qu’aucune pollution sous-marine n’est à craindre… ») .

– Alors, quel est le programme aujourd’hui ? As-tu eu des nouvelles de Lambert ?

– Oui, la gardienne m’a fait dire qu’il a téléphoné à 10 heures pour dire qu’il passerait ce soir !

– Parfait, cela nous laisse l’après-midi pour que tu me montres le quartier ! Ce vieux Lambert…

– Lequel de tes camarades est-ce, déjà ? demanda Mathilde en se rhabillant.

Louis s’approcha de la grande armoire, attrapant au passage sa fiancée par les épaules. Il lui montra du doigt l’une des photos punaisées au bois dur.

– Tu vois, c’est lui, là, à côté de moi, avec les mains dans les poches. André Lambert. C’est un brave type. Son vieux lui mène la vie dure depuis qu’il est rentré de l’armée… Il le fait bosser toutes les nuits jusqu’à 9 heures du matin. Douze heures d’affilée sans pause, tu parles d’un turbin !

– Il est dans une usine ?

– Non, son père est cultivateur… Il est grossiste aux Halles centrales.

– Alors c’est lui qui veut te donner du travail ? pouffa Mathilde. Eh bien… Ça ne va pas être marrant tous les jours.

– Je ne sais pas si son offre tient toujours, répondit Louis. On verra bien tout à l’heure. Et puis, il sera toujours temps de trouver autre chose si ça ne me convient pas…

Louis passa rapidement son pull, enfila chaussettes et chaussures et sauta sur ses pieds.

– Allons, c’est parti !

Ils dégringolèrent ensemble main dans la main les cinq étages jusque dans la cour de l’immeuble. Assise sur un banc pliable, une petite vieille à la peau parcheminée, vêtue d’une robe noire, prenait le soleil avec un air de satisfaction manifeste. À côté d’elle, un balai usé était posé contre le mur de la loge. Plissant ses yeux sombres, qui avaient l’air de deux scarabées perchés en haut de ses pommettes plissées, la vieille femme adressa de loin un signe de menton à Mathilde sans regarder Louis.

– Ah tiens, dit Mathilde, viens, je vais te faire rencontrer la gardienne.

– On dirait ma mère, s’amusa Louis avec tendresse tandis qu’ils s’approchaient de la loge. Elle aussi, elle est timide. Elle n’ose pas dire bonjour aux gens qu’elle ne connaît pas bien. Bien le bonjour, madame… ?

Bras croisés, la petite vieille ne répondit pas. Elle toisa Louis d’un air de défi. Un ange passa.

– Bonjour, madame Ducerf, bredouilla Mathilde, l’air soudain embarrassé. Je vous présente Louis, mon fiancé.

– …

– Bon, nous allons nous promener, madame Ducerf. Passez un bon après-midi.

Mathilde entraîna Louis dans la rue.

– Pas très causante, pour une concierge, dit Louis, perplexe.

– Elle est adorable… mais les voisins m’ont dit qu’elle perd un peu la boule depuis que son mari est mort. Elle a décrété qu’elle ne parlerait plus qu’aux femmes parce qu’on ne peut pas faire confiance aux hommes.

– Comment ça ?

– Tu comprends, son mari a eu l’outrecuidance de passer l’arme à gauche avant elle. Depuis elle ne décolère pas.

– Mais comment fait-elle au téléphone ? Comment t’a-t-elle transmis le message de Lambert ?

– J’imagine que dans ce cas, elle s’autorise à grogner… Le travail d’abord… D’ailleurs, habituellement, elle ne lâche jamais le balai que tu as vu. Je pense qu’il lui tient compagnie.

Ils rirent tous les deux de bon cœur.

Le jeune couple visita le xixe arrondissement pendant une partie de l’après-midi. Le canal de l’Ourcq et ses quelques bateaux à fond plat, où des jeunes gens « comme il faut » paradaient en lorgnant les promeneurs d’un air hautain. Les abattoirs de la Villette, dont le chantier pharaonique, en cours depuis plusieurs années, semblait ne plus jamais devoir s’arrêter. Le parc des Buttes-Chaumont, enfin, qui déployait au soleil du printemps sa verdure insolente. Le soir, Lambert, que l’arrivée à Paris de son camarade ravissait, confirma à Louis qu’une place de débardeur l’attendait dès le lendemain, et qu’il serait peut-être aussi requis pour la vente des légumes dans l’immense pavillon des Halles. Les semaines qui suivirent coulèrent dès lors avec facilité et selon un rythme immuable : à la tombée de la nuit, Louis attendait que Lambert vînt le chercher avec le camion de livraison. Il travaillait jusqu’à 9 heures, déchargeant et convoyant la marchandise, puis rechargeant les invendus dans le camion. Il revenait ensuite à pied à l’appartement de la rue Manin, découvrant aux heures blanches de chaque jour un Paris différent. En passant devant la loge de l’inflexible gardienne, il glissait une tête à l’intérieur, la saluait courtoisement et lui racontait en deux mots ses découvertes de la matinée. Celle-ci dédaignait ostensiblement de lui répondre. Louis dormait jusqu’à la moitié de l’après-midi, puis attendait le retour de Mathilde en griffonnant son carnet à dessin ou en retouchant les quelques esquisses jetées au vol sur le papier sur le chemin du retour. Le nombre de jours le séparant du 10 mai, date son 21e anniversaire, diminuait à vue d’œil, et l’excitation d’entrer dans la vie adulte en levant enfin le mystère de sa naissance le remplissait d’une énergie inépuisable.

par Morgan Bodart

par Morgan Bodart

Le 8 mai 1966, jour de la commémoration de l’Armistice, Louis alla chercher Mathilde à son bureau. Ils rentrèrent ensemble à l’heure habituelle, devisant gaiement. Madame Ducerf les arrêta alors qu’ils traversaient la cour. Indiquant Louis d’un signe de tête, elle s’adressa à Mathilde.

– Téléphone. Pour lui.

Elle montra à Louis le combiné, et se posta devant l’entrée de la loge.

– Allo ?

– Louis ? C’est bien toi ?

– Hervé ? Qu’y a-t-il ? Tu as une voix bizarre.

– Louis… Je suis désolé.

La voix d’Hervé paraissait étrangement faible.

– Je… Il y a eu un accident.

– Un accident ? Quel accident ?

– Avec ta mère, nous voulions aller rendre visite à Irène, dans le Pas-de-Calais. Nous sommes partis en voiture en début d’après-midi et…

La voix d’Hervé se brisa. Il reprit, la voix rauque :

– Un camion nous a refusé la priorité sur une voie d’insertion. Ta mère est morte sur le coup. Je suis désolé. Louis… Il faut que tu reviennes à Jargeau. L’enterrement est mercredi.

Louis raccrocha le combiné, très doucement, avec la précaution qu’il aurait utilisée pour manipuler une porcelaine d’art ou un cristal très fin. Il entendait d’ailleurs, à ses oreilles, un tintement léger, léger mais insistant et qui montait en puissance. Morte. Il eut la sensation qu’un immense crochet l’attrapait au plus profond de ses entrailles et le ferrait. Toutes ses extrémités fourmillaient comme après un choc électrique, sa peau tremblait de fièvre. Sa gorge se serra, l’empêchant de respirer. Morte. Il commença à haleter. À chaque inspiration, à chaque expiration, le nœud dans sa gorge semblait se faire plus étroit, tandis que ses tripes luttaient sans succès contre le hameçon qui les cisaillait de l’intérieur. Louis entendit un gémissement plaintif résonner à ses oreilles, avant de se rendre compte que c’était lui qui l’émettait. Le gémissement se mua en plainte, la plainte en clameur. Maman ! Maman ! MAMAN ! Était-ce vrai ? Ca ne pouvait pas être vrai. Une mère, ça ne meurt pas. Pas sa mère, en tout cas. Dans sa tête, il savait qu’elle était sûrement en train de ramasser des feuilles, ou de tailler ses arbustes, dans ce jardin qu’elle aimait tant… Mathilde, tétanisée, tenta de s’approcher de lui. La main tendue, des larmes plein les yeux, elle fut, plus que la voix du téléphone, l’élément qui lui fit réaliser que tout était affreusement réel. Sa mère était bel et bien morte. La lame de fond qui lui ravageait l’estomac finit enfin par remonter le long de son torse, de sa gorge, de ses yeux, faisant éclater la douleur. Louis tomba à genoux. Alors, lentement, les sanglots succédèrent aux cris.

Madame Ducerf, tout le temps qu’avait duré la scène, était restée sur le pas de la porte, observant de ses yeux noirs et vifs le jeune couple. Quand Louis se recroquevilla par terre, lâchant son balai, elle s’avança à petits pas rapides et passa derrière lui, entrant dans son appartement privé. On entendit quelques bruits de casseroles et de vaisselle qu’on sortait d’un placard, puis des portes claquèrent. La silhouette fluette de la petite vieille réapparut dans la pièce, où Mathilde, pleurant elle aussi, caressait le dos de Louis, prostré à terre. La gardienne prit alors la parole, d’une voix d’une douceur étonnante, presque onctueuse :

– Eh ben alors, mon bonhomme. Faut pas pleurer comme ça.

C’était la première fois qu’elle lui adressait la parole. Louis, surpris, releva la tête. Les larmes continuaient à rouler sur ses joues.

– Tout le monde s’en va. Un jour, tôt ou tard, c’est comme ça. Il faut être heureux pour ceux qui restent. Et crois-moi, tu préfères que ta mère – Dieu la garde ! – parte en pleine santé sans avoir trop souffert, que de la voir devenir une vieille gâteuse comme moi. Je vais te dire moi…

La gardienne, toujours à pas comptés, marcha jusqu’au buffet placé derrière la porte, et sortit trois petits verres. Continuant sa tirade, elle les essuya dans un torchon qu’elle sortit prestement de son tablier et les déposa sur le comptoir où se trouvait le téléphone.

– … il n’y a pas plus triste que de devenir vieux, vraiment vieux. Ton corps ne t’appartient plus, va, tu ne peux plus rien faire, et les années se font lourdes sur tes épaules. Nom d’une pipe ! Des fois je me fais l’effet d’un oiseau tout frêle à qui on aurait limé les ailes ! Dans ma tête, je pourrais toujours sortir au bal et au spectacle, mais dame, je n’irais pas bien loin, avec toutes leurs abominables machines roulantes. La mort, c’est une bonne chose. Ça fait le ménage dans les saisons. Alors maintenant tu vas me sécher tes yeux. Vous aussi, mademoiselle Mathilde. Dans ma famille, quand quelqu’un meurt, on fait toujours la fête. Alors tu vas commencer par me boire ça.

De la poche de son tablier, décidément inépuisable, la petite vieille sortit une flasque qu’elle débouchonna sans effort. Elle versa un peu d’un liquide transparent dans chacun des trois verres qu’elle avait sortis.

– Allez, à ta santé. À votre santé, les jeunes. À la vie… à la mort, comme on dit.

Mathilde fit mine de renifler le verre avant de boire, mais Madame Ducerf, tout en descendant le sien d’un trait, la fixa d’un air terrible. Mathilde et Louis vidèrent chacun leur verre. Sans attendre qu’ils l’eussent reposé, l’infatigable vieille servit une nouvelle tournée.

Par Lucile Steiner

À neuf heures, quand André arriva comme à l’accoutumée avec son camion de livraison débordant de légumes et qu’il vit l’état de la joyeuse compagnie, il crut un instant qu’ils avaient fêté l’anniversaire de Louis sans lui. Puis, apprenant la nouvelle, il serra vigoureusement la main de la vieille gardienne, qui n’en attendait pas tant, et la remercia d’avoir pris soin de son ami en cette heure difficile. Il fit grâce à son ancien compagnon d’armes des quelques jours qui lui seraient nécessaires pour régler les différentes formalités administratives et familiales.

– Et puis, je ne peux pas te ramener au paternel avec la tronche que tu as, mon gars ! Sans compter que ton haleine ferait cailler le lait sur le pas des portes. Appelle-moi quand tu seras de nouveau d’attaque. Pour une fois, tu as une excuse béton pour avoir la gueule de bois !

– Tu vois, Louis, ton copain a tout compris, intervint Madame Ducerf, dont les augustes pommettes avaient quelque peu rougi et dont les yeux noirs luisaient d’un éclat plus vif que jamais. Finalement, les hommes ne sont peut-être pas tous aussi idiots qu’ils en ont l’air…

Tard dans la nuit ce soir-là, les voisins virent que toutes les lumières de la loge de la gardienne étaient restées allumées. À l’heure où pointait le jour, comme pour saluer l’aube, quelques chants s’élevèrent dans la cour nimbée d’or.

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